Lettre à l’église

Bonsoir,

tout d’abord je dois préciser que je suis un catholique pratiquant, donc je n’ai absolument rien contre l’Eglise mais il y a une chose que j’aimerais vous témoigner.

J’ai 52 ans, à mon enfance et à mon adolescence j’étais un enfant très renfermé, peureux. Je faisais partie des enfants de choeur. J’étais considéré comme un “gentil” qui n’ouvre jamais la bouche et qui se laisse faire. En effet j’étais souvent taquiné à l’école. A l’époque le racisme était encore un vrai problème. Vers l’âge de 11 ans j’ai commencé à m’ouvrir un peu, je me suis aussi défendu contre ceux qui me harcelait. Le curé de l’époque, un certain père Stoos, dit en classe: “Oui c’est bien qu’il s’ouvre un peu!” Le père Stoos était notre catéchète, il nous faisait toujours prier ensemble en classe pour commencer son cours. On devait tous se lever et prier. Et puis un jour, je devais avoir 12 ans, il a commencé à crier comme un fou en ma direction, me reprochant que je ne priais pas mais que je bougeais seulement mes lèvres. J’ai essayé de me défendre mais lui était devenu tout rouge et continuait à crier et moi je me suis mis à pleurer.

Vous pouvez vous imaginer la suite: depuis lors je me suis de nouveau renfermé sur moi, les quelques progrès que j’avais fait ont été détruits. Les années de lycée ont été un cauchemar, je ne me faisait pas taquiner mais terroriser. J’étais tellement faible que je me laissait tout faire. Car je voulais apparaître gentil aux yeux de Monsieur Stoos et ses amis de Schifflange. Jusqu’à aujourd’hui je dois souffrir de ma faiblesse de caractère. Les années au travail n’ont pas été très réussies non plus. Maintenant je suis en pension d’invalidité, entre autres à cause du mobbing que j’ai subi de la part de mes anciens chefs.

Malheureusement l’Eglise a contribué à me détruire. J’ai toujours été croyant. Je dois préciser qu’à l’époque l’heure de catéchèse, den Unterecht, était une heure pour faire des bêtises ou dormir. Certains catéchètes n’étaient même pas croyants eux-mêmes, il y en avait qui parlaient de tout sauf de religion. Il y en avait un qui ne faisait rien du tout, on pouvait faire ce qu’on voulait. Il nous distribuait des feuilles qu’il nous demandait de lire et c’était tout. A l’âge de 22 ans je ne connaissait presque aucune prière. Et puis j’ai fait un pélérinage à Medjugorje et depuis lors je me suis converti. Grâce à la Sainte Vierge j’ai appris beaucoup de prières et j’ai commencé à aller régulièrement à la messe.

Mais ma vie a été détruite non pas à cause d’un curé pédophile mais pédophobe. On devait tous être gentils, parler seulement si on nous le demandait. On devait toujours réfléchir sur nos péchés, on avait une liste de péchés à ne pas faire, liste que nous avait été distribuée par le père Stoos. On a même du se confesser pour notre communion. Vous imaginez un enfants de 9 ans qui doit réfléchir sur ses péchés ? J’avais toujours peur, j’étais même terrorisé, à l’idée de pécher. J’avais toujours mauvaise conscience, qui est donc parfait ? Et puis le père Stoos et ses amis avaient toujours ce regard sévère, ils nous faisaient avoir mauvaise conscience. J’avais mauvaise conscience pour les mauvaises choses, pas mes vrais péchés. Car moi aussi j’ai fait des bêtises mais je me préoccupais seulement d’apparaître toujours gentil et renfermé sur lui.

Lorsque j’étais enfant de choeur je ne me asseyait pas droit car nos chaises n’avaient pas d’appui pour le dos. A cause de mes années d’enfant de choeur j’ai maintenant le dos courbé. Pour moi c’était une de mes plus grosses erreurs de ma vie d’aller chez les enfants de choeur. Je ne force pas mes enfants d’aller à la messe, entre autres à cause de mes expériences avec l’Eglise. Je ne leur demande même pas de prier car j’ai cette grosse crainte que eux aussi veulent être “gentils” et là ils perdront l’estime de soi et se feront taquiner. Presque personne de ceux qui étaient avec moi en classe va à l’Eglise, entre autres à cause du père Stoos. L’Eglise de Schifflange est presque vide, entre autres à cause de cette mafia autour du père Stoos. A l’époque l’Eglise était aussi politisée, après c’est l’opposition de gauche qui est arrivée au pouvoir. Voilà la situation d’aujourd’hui. Voilà comment on détruit une Eglise car lorsque j’étais petit l’Eglise était toujours pleine, tout le monde allait à la messe. Comme vous le voyez l’ennemi n’est pas à l’extérieur mais à l’intérieur. Un des tout gentils était devenu curé, le père Biver, et puis il a quitté l’habit pour une sinistre histoire de cul. L’ex père Biver et ses parents étaient de cette mafia de Schifflange. Les gentils face aux méchants. La plupart de ceux qui étaient avec moi en classe sont dégoûtés de l’Eglise.

J’espère que vous pouvez tirer des leçons de mon histoire, en tout cas maintenant vous voyez qu’il n’y a pas seulement des histoires de violence sexuelle ou physique mais aussi psychique et c’est la pire des violences, croyez moi ! Une violence dont il est presque impossible de guérir. Je suis disposé à dire que ce n’est pas seulement à cause du père Stoos que j’ai tellement souffert. Bien-sûr il y avait aussi d’autres raisons. Mais une des raisons c’est lui ! Je ne saurais jamais pourquoi il avait ce regard sévère sur moi, j’ai fait des bêtises mais est-ce que lui le savait ? Moi je sais en tout cas qu’il a contribué à vider l’Eglise et que je ne suis pas le seul à avoir subi des violences psychiques ou psychologiques de la part de certains membres de l’Eglise. J’en ai connu un qui a fait des dépressions toute sa vie parce qu’il s’était fait gronder par un prêtre dans son enfance. Toute sa vie il avait mauvaise conscience, entre autres parce que le père lui avait dit qu’il irait en enfer. C’est difficile à croire, n’est-ce pas ? Les enfants victime de pédophilie ou autre violence sont tous croyants, croyez-moi. Les prêtres ont sur eux une très grande fascination. Car les enfants qui ne croient pas ou croient peu ne sont pas victimes de violence et je sais de quoi je parle.

Je garde la foi, peut-être qu’un jour ma vie va s’améliorer, je ne suis pas tellement malheureux en fin de compte. J’ai deux enfants, une femme, une maison, je n’ai pas tout raté dans ma vie. Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire mon histoire et vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments distingués.

Envoyé par email à fir-iech-do@cathol.lu

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